RS Berkane, la météorite orange qui illumine l’Afrique
Trois étoiles africaines, un titre national, une finale 2025 jouée dans la douleur mais gagnée avec le cœur : la Renaissance Sportive de Berkane a frappé un grand coup. Plus qu’un simple club, la RS Berkane incarne une ascension fulgurante. Longtemps restée dans l’ombre des géants du football marocain, cette équipe de l’Oriental du royaume chérifien avance dans le panthéon du foot africain sans faire de bruit, mais avec une constance qui force le respect. Décryptage dans ce billet.
Une finale tendue, une délivrance au bout du suspense
CHAMPIONS. HISTOIRE. RS BERKANE! 🏆
— TotalEnergies CAFCL & CAFCC 🏆 (@CAFCLCC_fr) May 25, 2025
Un moment historique pour les Marocains : ils remportent le titre 2024/25 de la #TotalEnergiesCAFCC ! 🇲🇦 pic.twitter.com/wrYnPoftg0
Revenons d’abord sur le film de la finale. Le dimanche 25 mai dernier, le stade Amaan de Zanzibar, préféré par la CAF au Benjamin Mkapa Stadium, s’est transformé en véritable chaudron. Simba SC, poussé par un public en fusion et animé d’un fort désir de revanche, avait préparé tous les ingrédients d’une « remontada ». Il faut dire que les Tanzaniens accusaient deux buts de retard après leur défaite 2-0 à Berkane. Mais la RS Berkane était venue avec une arme maîtresse : le sang-froid.
Dès la 17e minute, Joshua Mutale, bien servi par un centre en retrait d’Elie Mpanzu, allume la première mèche et ravive l’espoir des siens (1-0). La première mi-temps, tendue et hachée, voit Berkane en difficulté face à une équipe tanzanienne déchaînée. Mais l’expulsion de Yusuph Kagoma (62e), sanctionné d’un second carton jaune, change la donne. Les Berkanis reprennent alors le contrôle, posent le pied sur le ballon et attendent l’erreur.
Elle surviendra dans les arrêts de jeu. Soumaila Sidibé surgit, opportuniste, pour transformer une bourde de la défense tanzanienne en but égalisateur à la 90+3e. Un score de 1-1 qui scelle une troisième étoile continentale pour la Renaissance Sportive de Berkane (après 2020 et 2022) et offre une douce revanche après la défaite en finale l’an dernier contre Zamalek SC d’Égypte.
RSB, d’une ascension modeste à l’élite du foot marocain

Il y a encore une dizaine d’années, la RS Berkane n’était qu’un club régional parmi tant d’autres. Tout s’accélère en 2012 : montée en Botola Pro, l’élite du football marocain qu’elle n’a plus quittée depuis, réorganisation administrative, et surtout, un cap stratégique clair, incarné par le fils du pays, Fouzi Lekjaa, alors président du club.
Année après année, le club oriental s’installe dans le paysage footballistique national. Il apprend, échoue, corrige, progresse. En 2018, première finale continentale, perdue. En 2020, le Graal est atteint. Depuis, Berkane a disputé cinq finales africaines en six ans. Et cette saison 2024-2025, elle rafle presque tout : championne du Maroc, victorieuse en Coupe de la CAF, finaliste de la Coupe du Trône (à jouer). Une hégémonie assumée.
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Les piliers du succès de la RS Berkane

Une gestion modèle. On pourrait croire à une exception ; c’est surtout une leçon de gouvernance. La RS Berkane gère ses affaires avec sérieux et rigueur : un stade municipal de Berkane modeste mais bien entretenu, une structure financière saine, des choix sportifs réfléchis. Le club évite les excès et trace sa route avec méthode.
La stabilité avant tout. À Berkane, un entraîneur ne saute pas à la première défaite. Le club laisse le temps aux projets de mûrir. Mouine Chaâbani, actuellement aux commandes, en est l’exemple parfait : double vainqueur de la Ligue des champions avec l’Espérance de Tunis, il apporte son expertise sans bouleverser l’équilibre. Avant lui, le congolais Florent Ibengé ou le Marocain Tarik Sektioui avaient eux aussi bénéficié de cette rare patience dans le football moderne.
Un recrutement intelligent. Berkane est désormais un redoutable acteur du marché des transferts, capable de rivaliser avec les géants casablancais, le Wydad et le Raja. Le club paie bien, mais surtout, il sait attendre. Il dispose désormais des moyens financiers et d’un projet sportif crédible pour attirer les meilleurs. Le recrutement est sobre, mais chirurgical : Munir Mohamedi dans les cages, Mamadou Lamine Camara en dynamiteur, incarnent par tant d’autres joueurs cette politique.
RSB, une philosophie locale, une ambition continentale
C’est le moment de conclure !
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Soumaila Sidibé a inscrit le #ButDuJour @1xBet_Eng dans le temps additionnel lors du match retour de la finale de la #TotalEnergiesCAFCC ! ⚽️🧡pic.twitter.com/ize2kVvmTe
Ce qui rend la RSB unique, c’est sa capacité à représenter fièrement sa région tout en s’imposant à l’échelle nationale et continentale. La moyenne d’âge de l’équipe a baissé, les académies locales se développent, et les ambitions restent lucides : la pérennité d’abord, la Ligue des champions ensuite — mais jamais au détriment de l’identité du club.
Dans un Maroc où le Wydad, le Raja ou l’AS FAR font la une des médias, Berkane construit son édifice pierre après pierre, en silence. Et avec trois sacres en Coupe de la CAF, elle est désormais co-détentrice du record de la compétition, aux côtés du CS Sfaxien (Tunisie).
RS Berkane, la révolution tranquille

Cinq finales de Coupe de la CAF en six ans, trois titres. Un sacre national. Une moisson régulière. RSB s’impose comme une référence. Sa régularité et son efficacité dans les grands rendez-vous témoignent d’un projet sportif désormais solide.Avec une Coupe du Trône encore à jouer, Berkane peut rêver d’un triplé historique cette saison. Mais même sans cela, la saison 2024-2025 est déjà une réussite absolue pour les Berkanis.
Dans une Afrique du football souvent marquée par l’instabilité, la Renaissance Sportive de Berkane offre un modèle rare : celui d’un club patient, méthodique et terriblement ambitieux. Une étoile orange, discrète, mais qui brille de plus en plus fort dans le ciel du football africain.
Nervy Kadiebue