Kirsty Coventry, Bestine Kazadi et Kanizat Ibrahim : ces femmes qui défient les codes du pouvoir dans le sport
En ce mois de mars, dédié à la célébration des droits des femmes, plusieurs figures féminines africaines se sont distinguées dans le monde du sport, chacune à sa manière. Parmi elles, trois ont particulièrement marqué cette période, et il est essentiel de leur rendre hommage dans ce billet : Kirsty Coventry, la Zimbabwéenne élue présidente du Comité International Olympique (CIO) ; Bestine Kazadi, la Congolaise récemment élue vice-présidente de la Confédération africaine de football (CAF), en charge du football féminin ; et Kanizat Ibrahim, la Comorienne récemment intégrée au comité de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA).
Kirsty Coventry, une légende olympique et première femme à la tête du CIO

Kirsty Coventry, ancienne nageuse d’élite et détentrice de plusieurs médailles olympiques, a été élue 10e présidente du Comité International Olympique lors de la 144ᵉ session du CIO, le 20 mars à Costa Navarino (Grèce). Seule candidate féminine, elle a remporté ce scrutin hautement symbolique avec 49 voix sur 97, devançant largement ses six concurrents masculins. À 41 ans, elle devient ainsi la première femme et le premier Africain à diriger l’instance suprême du sport.
« J’espère que cette élection sera une source d’inspiration pour de nombreuses personnes. Aujourd’hui, un plafond de verre a été brisé et je suis pleinement consciente de mes responsabilités en tant que modèle », avait-elle déclaré, émue, lors de son discours.
Élue pour un mandat de huit ans (renouvelable quatre ans), Kirsty Coventry succédera à Thomas Bach le 23 juin 2024. Son manifeste, inspiré de la philosophie africaine Ubuntu (« Je suis parce que nous sommes »), s’articule autour de cinq priorités : exploiter le pouvoir du sport, maximiser la collaboration et l’engagement, renforcer les partenariats pour une croissance mutuelle, promouvoir le développement durable et promouvoir la crédibilité et la confiance.
Des dossiers brûlants attendent la nouvelle présidente du CIO : la participation des athlètes russes aux JO d’hiver 2026 (Milan-Cortina), suspendus depuis l’invasion de l’Ukraine ; le dialogue avec Donald Trump pour les JO de 2028 à Los Angeles ; les critères d’éligibilité des athlètes féminines, après les polémiques sur le genre de deux boxeuses lors des JO de Paris 2024.
Son parcours est exemplaire, tant sur le plan sportif que sur le plan administratif. Sur le terrain, elle a décroché sept médailles olympiques, dont deux en or sur 200 m dos (2004 et 2008). Elle a aussi remporté trois titres mondiaux en grand bassin et 14 médailles d’or aux Jeux Africains. Du côté administratif, elle a été présidente de la commission des athlètes au CIO, représentante des athlètes à l’Agence Mondiale Antidopage, vice-présidente de la Fédération Internationale de Surf, et ministre des Sports, des Arts et de la Jeunesse depuis 2019. Ce parcours témoigne d’une détermination sans faille et d’une polyvalence rare, lui offrant ainsi une vision globale du sport.
Avec son élection, la native de Harare (Zimbabwe) incarne le leadership féminin, l’engagement et inspire les générations à croire en leur potentiel et à viser des rôles de décision au sein des instances sportives.
Bestine Kazadi, la première Congolaise à la CAF

De l’autre côté du spectre sportif, Bestine Kazadi Ditabala se distingue par son rôle crucial au sein de la CAF. En tant que vice-présidente nouvellement élue lors de l’assemblée générale extraordinaire et électif de la CAF de mars, en charge du football féminin, elle est une pionnière dans un domaine encore largement dominé par les hommes et devient la première femme congolaise à intégrer le comité exécutif de l’instance faîtière du football africain.
« Fière de représenter mon pays, la RDC, à l’instance sportive africaine la plus influente ! Je mesure la responsabilité de porter la voix du peuple congolais, qui lutte avec résilience contre la tragédie humanitaire et l’occupation illégitime de son territoire », avait écrit l’ancienne présidente de l’AS V.Club de Kinshasa, l’un des clubs emblématiques de la RDC, sur son compte X.
Kazadi succède à ce poste à la Comorienne Kanizat Ibrahim pour un mandat de quatre ans et devient la troisième personne de nationalité congolaise (et première femme) à intégrer le comité exécutif de la CAF, après Constant Omari Selemani (ancien vice-président) et Véron Mosengo-Omba, l’actuel secrétaire général de cette instance.
Réputé pour son engagement constant en faveur du sport, la désormais 5e vice-présidente de la CAF s’est engagée à promouvoir le football féminin en Afrique, à renforcer les infrastructures et à offrir plus d’opportunités aux jeunes talents féminins. Bestine Kazadi, leader engagée et déterminée, incarne l’aspiration de la République Démocratique du Congo à jouer un rôle clé au sein des organes décisionnels de la CAF.
Son élection marque également une avancée majeure pour la jeunesse congolaise, notamment les jeunes filles, qui trouvent en son parcours une source d’inspiration pour s’engager dans le domaine sportif.
Kanizat Ibrahim, la première Comorienne à la FIFA

Enfin, Kanizat Ibrahim représente une voix nouvelle et dynamique au sein de la FIFA. En intégrant le comité exécutif de l’organe faîtière du football mondial en tant que l’une des représentants de l’Afrique pour les quatre prochaines années, elle devient la première Comorienne à ce niveau et actrice clé dans les décisions qui façonneront l’avenir du football mondial.
Son élection lors de l’assemblée générale extraordinaire de la CAF a été un franc succès (30 voix sur 52) devant ses principales adversaires, la Sierra-Léonaise Isha Johansen (7 voix) et la Djiboutienne Lydia Nsekera (13 voix).
« C’était mon objectif de pouvoir un jour accéder à la FIFA, aujourd’hui j’y suis. C’est une fierté pour les Comores, les femmes et l’Afrique », avait-t-elle déclaré à RFI, promettant d’œuvrer pour le développement du football féminin.
Cette nomination récompense des années d’efforts pour l’ex 5ᵉ vice-présidente de la CAF, qui avait déjà marqué les esprits en redressant la Fédération Comorienne de football (FFC), en crise à l’époque entre 2019 et 2021, en tant que présidente du comité de normalisation.
L’ancienne vice-présidente de la CAF, va représenter le continent à la FIFA aux côtés de cinq autres membres du comité exécutif de la CAF pour un mandat de 4 ans (2025-2029). Sa présence au sein de la plus prestigieuse instance du football mondial ouvre un nouveau chapitre pour le football comorien.
Trois inspirations pour des générations

Ces trois femmes, par leur engagement et leurs réalisations, redéfinissent les codes du pouvoir dans le sport. Elles démontrent que l’inclusion et la représentation féminine sont essentielles pour bâtir un avenir sportif plus équitable. En cette période de célébration des droits des femmes, il est crucial de reconnaître leurs contributions et de soutenir leurs efforts pour inspirer l’actuelle génération et celles à venir de leaders féminines dans le monde du sport.
Ensemble, la Zimbabwéenne Kirsty Coventry, la Congolaise Bestine Kazadi et la Comorienne Kanizat Ibrahim ouvrent la voie à un changement significatif, prouvant que le pouvoir et l’influence ne connaissent pas de genre. Leur parcours est un modèle de détermination et de résilience pour les femmes du monde entier, et particulièrement celle du continent africain pour qui aspirent à faire entendre leur voix et changer les dynamiques du sport sur l’échiquier continental et mondial. Honneurs à vous, chères « dames de fer », pour votre excellence continue, nous vous célébrons encore et encore.
Nervy Kadiebue
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